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Faut-il développer soi-même en PME?
(03/06/2004) - par Aurélie Chandèze Quand il s'agit de mettre en place une application métier, la PME est souvent confrontée à deux possibilités, l'achat d'un progiciel ou la réalisation d'une application sur mesure. PME et développeurs font partager leurs expériences.Quand la Mutuelle des Motards décide de moderniser son système d'information, elle s'aperçoit vite qu'aucun progiciel pour l'assurance ne répond vraiment à ses besoins. "Il a rapidement été question de refondre l'outil existant" déclare Thierry Caillard, responsable des systèmes d'information. Le métier de cette PME de 350 salariés diffère de celui des assureurs traditionnels, notamment à cause du risque élevé d'accidents corporels chez ses sociétaires. Ce type de dommages était mal pris en compte dans les progiciels du marché. La société a donc retenu une solution mixte. L'offre de Prima Solutions leur fournit plusieurs briques du nouveau système d'information. Elle permet de mettre en oeuvre facilement les règles métiers et son ouverture autorise l'ajout de développements plus spécifiques, réalisés avec l'aide de la société de services Open Wide. "L'autonomie qu'apporte ces développements sur mesure est un avantage, ce n'est plus l'organisation qui s'adapte à l'outil mais l'outil qui est conçu pour répondre à nos besoins" précise Thierry Caillard. A l'inverse, la société Rousselon, coutellerie de 50 personnes basée à Thiers, mise sur les progiciels. "Dans notre secteur, c'est une fadaise de croire qu'on ne peut trouver de progiciel bien adapté à notre entreprise", déclare Lionel Sol, directeur général. La société n'a réalisé aucun développement en interne, ne disposant ni du temps ni des moyens nécessaires. Elle gère son activité avec un ancien progiciel de gestion d'Interlogiciel, G3. Quelques développements ont tout de même été réalisés par la société DBI pour adapter la solution à leurs besoins. L'objectif de Lionel Sol reste cependant de trouver le produit qui n'oblige pas à réaliser ces développements supplémentaires. En effet, la société a connu quelques difficultés à cause de ces ajouts en passant à une autre version du progiciel. En outre, la société Rousselon a constaté que des éditeurs comme Interlogiciel prenaient souvent en compte les modifications ajoutées par leurs clients dans leurs nouvelles versions. L'entreprise hésite cependant à renouveler le progiciel en place, espérant faire durer les investissements engagés. Le coût réel d'une application reste en effet la principale préoccupation des entreprises, quelle que soit sa taille. "Que l'on choisisse de développer ou d'acheter un programme, on ne peut pas faire l'économie de la phase d'analyse, sinon on s'expose à voir surgir des frais imprévus", précise Catherine Charlesson, directrice informatique de Playmobil France (voir ci-dessous). Une analyse mal menée lors de l'achat d'un progiciel peut être lourde de conséquences financières pour une PME, car elle ne pourra pas faire les adaptations nécessaires par elle-même. Les évolutions futures, la maintenance ont également un coût, quel que soit le choix. Selon Catherine Charlesson, le développement en interne comporte deux grands risques pour une PME : les équipes étant très ré- duites, le départ d'une personne peut avoir des conséquences fatales pour une application. L'autre risque est de ne pas pouvoir suivre les évolutions technologiques : "Une application qui n'évolue plus meurt doucement." Dans leur carrière, les développeurs voient souvent les deux côtés du miroir. C'est le cas de Gaël Donat, aujourd'hui ingénieur d'études en SSII, qui a débuté chez un éditeur de progiciel puis a travaillé ensuite pour des petites structures. Selon lui, "le besoin du client est l'élément moteur dans le choix d'un progiciel ou d'un développement spécifique.Beaucoup de PME n'ont ni le temps ni les ressources suffisantes pour former leur personnel sur des progiciels souvent faits pour les grandes entreprises." Dans les PME qui ont opté pour un progiciel, Gaël Donat a souvent observé que l'utilisation réelle de l'outil concernait 5 à 20 % de ses fonctionnalités. Dans de tels cas, un développement spécifique aurait pu répondre aussi rapidement aux attentes, car il n'ajoute pas de fonctions inutiles. Un consultant indépendant, avec plus de douze ans d'expérience en développement, fait quant à lui le constat suivant : "Depuis quelques années, on voit apparaître sur le marché des progiciels de gestion allégés. Les grands éditeurs lancent des versions plus abordables de leurs solutions, qui ciblent les PME. Dans les faits, ces produits me semblent mieux adapté aux PME commerciales, dont le métier est d'acheter pour revendre, plutôt qu'aux PME industrielles, qui ont souvent des besoins très particuliers. Il n'est pas forcément justifié de faire développer une gestion de paie ou une comptabilité, en revanche une gestion de la production a souvent intérêt à être faite sur mesure." Ce consultant souligne aussi que s'il existe des progiciels pour les très petites organisations et d'autres pour les PME à partir d'une centaine de salariés, il n'y a pas grand-chose pour la taille intermédiaire. Maxence Hubiche, développeur indépendant et membre du programme MVP (Most Valuable Professional) de Microsoft soulève une autre question importante : "Que se passe-t-il si l'éditeur disparaît ?" Pour lui, ce n'est pas un hasard si les produits MS Access et MS Excel sont si utilisés pour développer de petites applications, tant il est peu probable que l'éditeur abandonne ces deux produits. Plusieurs possibilités s'offrent aux PME qui ont besoin d'applications spécifiques : adapter un progiciel existant, faire développer une application en externe, ou la concevoir en interne. Si la PME n'a pas les moyens d'embaucher un développeur professionnel, la dernière option peut se révéler hasardeuse. Jean-Marc Rabilloud, un développeur expé- rimenté qui connaît bien les petites structures, a vu beaucoup de programmes inachevés faute d'avoir été conçus par un spécialiste de la réalisation d'applications. "La programmation par des amateurs éclairés pose souvent de gros problèmes de maintenance, les codes n'étant pas documentés voire exotiques" rappelle- t-il. Même expérience chez le consultant indépendant : "Beaucoup d'applications sont réalisées par des stagiaires, des responsables marketing... Cela débouche souvent sur des programmes bancals, mais qui fonctionnent bon an, mal an, jusqu'au jour où il faut les faire évoluer." Mais si la PME dispose d'un développeur de métier, la conception en interne peut se révéler avantageuse : "Lorsqu'on externalise le développement à une société de services, toute modification du cahier des charges entraîne une augmentation du coût", rappelle Jean-Marc Rabilloud. "En outre, le développement d'une application métier est plus rapide quand le développeur connaît bien l'entreprise. Même s'il est difficile à chiffrer, ce gain de temps peut être considérable." conclut-il.
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