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Trois correcteurs grammaticaux pour pratiquer la langue sur le bout des doigtsPanorama

Trois correcteurs grammaticaux pour pratiquer la langue sur le bout des doigts

(11/07/2006) - par Eric Hiller

Plus maniables, mieux intégrés au fil des générations, les correcteurs spécialisés viennent en renfort des simples vérificateurs d'orthographe et de grammaire présents dans la plupart des logiciels de bureautique. Cordial, Correcteur 101 et Prolexis rivalisent d'expertise pour peaufiner nos écrits.


Simple, la vérification orthographique d'un texte est réalisée en quelques minutes à l'aide de la fonction appropriée accessible sous la rubrique « outils » de la plupart des logiciels de bureautique. Une vérification grammaticale plus fine, une correction sans faille de la syntaxe ou de la ponctuation et un emploi adapté de la conjugaison supposent l'usage d'un correcteur spécialisé. Proposé en ligne ou en boutique à près de 100 euros, le correcteur professionnel prend tout en charge, comme en témoignent ici les trois principales offres de ce marché. Il s'accompagne généralement d'un dictionnaire de base et éventuellement d'un programme d'accès en ligne automatique à un dictionnaire plus complet, comme c'est le cas pour l'offre Correcteur 101 de l'éditeur canadien Machinæ sapiens.

Dans tous les cas, les fonctions principales du correcteur restent à portée de main. Pour cela, les éditeurs accompagnent leur produit d'un certain nombre de programmes d'intégration aux principaux logiciels utilisés pour composer le document à corriger. Largement majoritaire parmi les traitements de texte disponibles en environnement Windows et MacOS, Word est pris en compte par les trois logiciels. Une dll spécifique leur permet d'ajouter leurs propres fonctions à celles de Word et ainsi d'intervenir directement dans le document d'origine. Cordial s'insère directement dans les fonctions de Word et ajoute pour cela les menus « correction » et « analyse ».

Plus discrètes, les fonctions de Prolexis apparaissent à la sélection d'un bouton spécifique disposé à droite des menus de Word. Enfin, la version 5.5 de Correcteur 101 ajoute à Word une barre d'outils supplémentaire constituée d'une dizaine d'icônes, comme autant de fonctions différentes. Comme pour tous les logiciels pris en compte par cette interface contextuelle baptisée « Symbiose », la sélection du bouton « correction assistée », commande le transfert automatique du texte, dans l'interface du correcteur. La correction est ensuite réalisée phrase par phrase, comme c'est aussi le cas avec Cordial. Pour cette fonction, Prolexis se démarque nettement de ses concurrents : l'ensemble du texte est tout d'abord passé en revue. Une fenêtre affichée à gauche de l'écran, signale ensuite tous les termes à réviser. Cet utilitaire permet donc de juger rapidement de l'ampleur du travail à accomplir sur le texte. Calligraphie des nombres, ponctuations, fautes d'accord et fautes grammaticales s'y distinguent par des couleurs différentes. Il suffit ensuite de sélectionner chaque terme dans la liste, selon l'ordre de son choix et de décider de la correction à apporter.

Correction sous surveillance

Le fonctionnement de ces trois logiciels a été éprouvé à l'usage, à partir d'une sélection de quatre documents d'origine et de nature différente : un article relevé sur le site Web PME-PMI du Monde Informatique, un dossier technique d'environ 20 000 signes réalisé sous Word, un courriel brut de 6 000 signes truffé d'anglicismes et un texte rédigé en anglais. Dans ces quatre documents, nous n'avons pas chercher à ajouter artificiellement des fautes d'orthographe. Ce procédé en vain - il n'est pas très difficile de prendre un correcteur en défaut avec des fautes trop artificielles - et inutile, puisque de tels textes ne correspondent pas à la réalité.

Tous les logiciels testés ici sont équipés d'une fonction d'apprentissage, comme c'est par ailleurs le cas pour le correcteur de Word. La constitution d'un dictionnaire personnel permet ainsi de ne pas revenir à chaque correction sur des noms propres et sur les termes en usage dans la profession concernée par le document. Les trois logiciels sont par ailleurs équipés d'outils spécifiques de détection pour certaines familles de mots, comme les anglicismes par exemple. Une fonction particulièrement utile dans certaines professions, comme l'informatique et les télécommunications concernées par les documents testés à cette occasion.
A chaque mot corrigé, Pro Lexis signale le nombre d'occurrences rencontrées dans le texte et propose leur remplacement en bloc par la formule retenue, ce qui fait gagner du temps.

Ces logiciels ont tous hérité de leurs toutes premières versions d'une fonction d'analyse syntaxique et stylistique des textes traités. Perfectionnée au fil des générations, cette fonction aide l'auteur à juger de l'adéquation de la forme de son document avec l'auditoire visé. Comme toutes les autres fonctions de ces logiciels spécialisés, cette procédure ne constitue toutefois qu'une aide à la formulation. Face aux subtilités de la langue employée, une correction entièrement automatisée ne produirait en effet qu'un document ponctué d'erreurs d'interprétations, dont sont encore coutumiers les différents logiciels présentés dans ce dossier. Faute d'acquérir une illusoire infaillibilité, ces trois logiciels ont au moins acquis du professionnalisme et de l'universalité : secondés par le dictionnaire approprié, ils travaillent à l'occasion en différentes langues et participent ainsi à la finalisation de travaux de traduction.

Eric Hiller


Cordial 2006 Professionnel
Le correcteur polyglotte


Résolument intégré à l'environnement de bureautique de Microsoft, le correcteur de l'éditeur toulousain Synapse travaille en collaboration avec la plupart des programmes de la suite Office. Discret dans la barre d'outils et les menus de Word où il est généralement le plus utile, il se glisse aussi automatiquement dans les interfaces Outlook et Outlook Express, Excel, Powerpoint, Access et même dans celle de l'éditeur de pages Web Frontpage. Outre une large palette de fonctions orthographiques, grammaticales et analytiques, la version 2006 Professionnelle testée ici comporte un module multilingue. Il permet de traiter indifféremment des textes en anglais, espagnol, italien, allemand ou en portugais.

Sous Word, comme d'ailleurs dans la plupart des logiciels de la suite Office, un bouton unique dans la barre d'outils standard commande la correction orthographique et grammaticale du texte actif. Les menus surnuméraires « correction » et « analyse » permettent d'affiner la correction : recherche de doublons qui apparaissent alors surlignés dans le texte, analyse des occurrences, du style employé ou de la syntaxe. Utilisable également sur le Web, ou dans les courriels, le popup Lexical, affiché dans la barre de tâches de Windows, offre en complément un éclairage détaillé sur les mots de son choix.

Facilement accessible, cette option complémentaire qui se réfère à une grande palette de dictionnaires « embarqués » tels le Littré par exemple, nécessite toutefois une fastidieuse et éventuellement répétitive opération de copier-coller du mot recherché vers l'interface de cet utilitaire. Cette fonction présente toutefois en un seul écran la définition du mot recherché, ses synonymes et sa traduction en anglais.

Comme dans les précédentes versions, ce programme se risque in fine dans une analyse détaillée de la lisibilité du document traité, de son accessibilité à différents publics et du niveau de spécialisation. En pratique, si l'analyse globale identifie bien le thème général de l'article étudié et les grandes lignes de son développement, l'outil surprend parfois en signalant comme « mots forts », des locutions qui n'apparaissent qu'une seule fois. Faute d'apparaître à l'usage comme un véritable outil d'aide à la rédaction, Cordial reste néanmoins dans cette version 2006 Professionnel, un correcteur orthographique et grammatical efficace.


Prolexis 4.8
Le correcteur en kit


Prolexis est commercialisé par l'éditeur provençal Diagonal, sous la forme de modules indépendants. Dictionnaires et adaptateurs aux logiciels de bureautique habituels des environnements Macintosh ou Windows sont donc acquis en plus du programme principal. Différentes versions proposent par ailleurs un nombre variable de correcteurs : orthographique, grammatical ou typographique.

L'ensemble testé ici comprenait le programme de base Pro Lexis 4.8 et le recueil de dictionnaires Myriade. L'interface Prolexis apparaît à l'ouverture du document à corriger et la sélection de l'icône affichée parmi les menus du programme hôte. Après analyse rapide du texte entier, la fenêtre « anomalies » affichée à gauche de l'écran présente l'ensemble des termes et locutions litigieuses, ainsi que le nombre d'occurrences relevé pour chacun d'eux. Un jeux de couleurs signale le type d'anomalie rencontrée. En rouge apparaissent les erreurs relevées conformément à une règle orthographique ou grammaticale explicitée dans la fenêtre « diagnostic ».

Le programme Myriade 3 intégré à cette évaluation de l'offre Diagonal comprend notamment un dictionnaire juridique, un atlas mondial, 550 000 définitions de mots de la langue française, un analyseur syntaxique et des adaptateurs pour Word. De la plus simple à la plus complète, les différentes versions de Pro Lexis sont commercialisées de 168 € à 359 € ht. Myriade existe également en 27 modèles différents, de 23 € à 70 €.


Correcteur 101 Pro version 5.5
Le petit auxiliaire malin


Discret sur le disque dur (22 Mo), l'utilitaire Correcteur 101 édité par le Québécois Machinæ Sapiens est un des programmes du genre les plus sommaires mais aussi les plus efficaces sur Macintosh et sur PC sous Windows. Après installation, sa barre d'outils Symbiose apparaît au lancement de Windows ou de MacOS et prend en charge à la demande la correction des textes édités sous Word par exemple. En alternative, Symbiose interagit avec une vingtaine d'autres logiciels de bureautique, dont Outlook, ICQ, Organizer, QuarkXPress... Le texte, momentanément traité dans l'interface de Correcteur 101, est ensuite automatiquement restitué à son fichier d'origine. Avec les autres, un copier - coller ou une conversion au format TXT s'impose pour transférer le texte sur l'interface spécifique de Correcteur 101, puis pour le restituer dépourvu de ses attributs d'origine.

Ce logiciel commercialisé en ligne à 130 € environ (50 € en version personnelle), est livré avec une aide à la conjugaison, une grammaire et dictionnaire embarqué. En prime, l'interface sommaire de Symbiose offre un accès au Petit Larousse ou au Petit Robert, pour peu que ce dictionnaire ait été acquis séparément et installé sur le même poste.

Une quinzaine d'années après la commercialisation de sa première version, le logiciel canadien a gagné en efficacité avec cette version, mais aussi en simplicité puisqu'il se résume désormais à une dizaine de fonctions accessibles en permanence.




Les trois correcteurs en action

Capables de travailler à partir de différents logiciels de bureautique, comme un tableur ou un client de messagerie, les trois correcteurs exercent tout de même leur activité principale en renfort d'un traitement de textes comme Word. Automatiques par définition, ces programmes offrent opportunément à l'utilisateur une fenêtre de contrôle sur leurs corrections. Ils lui permettent ainsi de distinguer le plus facilement possible les erreurs exactes, des corrections discutables voire intempestives.
Cordial de Synapse Développement et Prolexis des éditions Diagonal innovent dans leur usage de la langue française en proposant les majuscules accentuées en début de phrase. Cette correction sélectionnée par défaut parmi les préférences de Prolexis peut être débrayée, mais le logiciel ne tient pas nécessairement compte de cette modification. La correction des textes pris ici comme référence - un long texte Word sur la téléphonie, un article récupéré sur le site du Monde Informatique et un texte commercial publié sur messagerie - a mis en évidence un traitement généralement correct des anglicismes. A leur identification, Cordial se réfère dans ses préconisations aux termes employés par le Journal Officiel. Correcteur 101 de l'éditeur québécois Machinæ Sapiens risque une traduction plus ou moins opportune selon les cas et opère par exemple un remplacement automatique de l'anglicisme « kit » par le mot « lot ».
Globalement le plus performant face aux erreurs courantes et le plus convivial avec sa liste de mots litigieux affichés en quelques secondes sur une fenêtre à gauche de l'écran, Pro Lexis s'est toutefois révélé le moins efficace face aux nombreux anglicismes et autres termes informatiques qui ponctuaient les textes de notre sélection. En revanche, la plupart des termes courants relevés par celui-ci étaient effectivement mal orthographiés ou employés de façon erronée. Par comparaison, Correcteur 101 signalait sur le premier texte une quantité impressionnante de fausses erreurs.
Les trois compétiteurs ont fait preuve d'une bonne gestion des nombres ordinaux, notamment sur le texte relevé sur le site du Monde Informatique. Charge toutefois à l'utilisateur de faire lui-même la distinction entre les dates, les quantités et les noms de produits informatiques souvent affublés d'un numéro.
Enfin, les trois logiciels ont efficacement mis en évidence l'interprétation libre de la langue française qui préside souvent à la rédaction d'un texte commercial et le caractère « international » des termes employés dans celui-ci, par les représentants de l'industrie informatique. Tous les trois affichent finalement le niveau de lisibilité du texte corrigé, comme le faisaient déjà leurs versions antérieures.
Entre l'intégration totale de Cordial dans l'interface de Word, la barre d'outils de Correcteur 101 et l'interface « luxueuse » de Prolexis, le choix parmi ces trois logiciels de performances sensiblement équivalentes, reste finalement affaire de goût et de budget.