Témoignage
TÉMOIGNAGE
Quinze ans en orbite, sans défaut
Edition du 28/09/2005 - par
Maryse Gros
Les particularités d'un métier sont souvent primordiales dans le choix d'un progiciel de gestion intégré. Pour le fabricant de satellites EADS Astrium, c'est la gestion de la traçabilité et le contrôle des matériaux qui priment. Pour son site de Vélizy, de la taille d'une PME (400 personnes), il a choisi le logiciel Parteor.
Un satellite ne doit pas tomber en panne. Quinze ans en orbite, sans défaut, c'est l'une des exigences caractéristiques posées au fabricant de satellites EADS Astrium par ses clients, parmi lesquels figurent les opérateurs de télécommunications Inmarsat, Intelsat, Eutelsat ou encore SES Astra, ainsi que l'Agence spatiale européenne et le CNES. Pour atteindre l'excellence, le constructeur européen applique un suivi rigoureux à chacun des composants utilisés pour concevoir ses produits. « Cet impératif de zéro défaut se traduit par une traçabilité de bout en bout que nous faisons remonter très loin chez nos fournisseurs, explique Bertrand Augereau, responsable des méthodes industrielles et du système d'information chez EADS Astrium. Nous enregistrons dans notre gestion de production jusqu'aux constituants des produits que nous achetons.» Les niveaux de qualité édictées par le client entrent dans les définitions techniques des matériaux requis. Des contrôles sont ensuite effectués sur chaque composant pour en vérifier la conformité. Dans le système d'information, ces procédures interviennent, soit pendant la phase d'achat ou de réapprovisionnement, soit pendant la phase de réception des produits en interne, puis pendant la phase de « recette » des produits. « Nous devons démontrer au client que les contrôles réalisés correspondent exactement à ses exigences de qualité, décrit Bertrand Augereau. Chaque série de contrôles étant spécifique à un projet, nous avons opté pour une gestion de production nous permettant de travailler à l'affaire.
C'est en 2003 que EADS Astrium décide de renouveler le système d'information de son site de Vélizy, dont la taille est celle d'une PME (environ 400 personnes, 70 millions d'euros de chiffre d'affaires) pour remplacer un outil de gestion qui ne peut plus évoluer. Le chantier engagé est baptisé « Surf 2 ». Avec l'appui du cabinet de conseil CXP, l'entreprise rédige un cahier des charges et présélectionne plusieurs progiciels de gestion intégrés (PGI) fonctionnant sur une base de données Oracle. Cette recherche l'amène à retenir le PGI Parteor, développé par le français Prodaxis. « Pour l'étendue de sa couverture fonctionnelle et, précisément, pour ses capacités de gestion de production à l'affaire et de partage des ressources entre les différents projets, pointe Bertrand Augereau. Des fonctions que nous n'avons pas retrouvées dans les autres progiciels sélectionnés. » Parmi les autres critères de choix figurent les outils de planification et d'ordonnancement du progiciel qui permettent d'effectuer des plans d'approvisionnement à court et à moyen terme. Des interfaces sont établies avec la solution de gestion du groupe EADS Astrium (le PGI de SAP), par exemple sur le fichier des ressources humaines. « Nous récupérons les données réalisées sur projet, détaille le responsable du système d'information. Les équipes déclarent dans Surf 2 les heures et les dépenses effectuées, puis les données remontent vers SAP. » Aujourd'hui, Parteor gère de façon intégrée des données qu'il fallait auparavant récupérer dans des applications séparées. « Les prévisions d'approvisionnement, la planification des ressources, par exemple, nécessitaient d'interroger quatre outils : un logiciel de MRP(*), un outil de suivi de la qualité avec lequel nous traitions les non-conformités, un outil de planification pour les projets et les mouvements de ressources et, enfin, le logiciel de comptabilité. » Il juge que les enjeux définis au début du projet sont désormais entièrement couverts, notamment pour le partage des ressources matérielles entre les différents projets.
Le chantier aura duré deux ans, de février 2003 à février 2005. Après une phase amont assez rapide (quatre mois), la partie « gestion de projet » est achevée en quatorze mois et la solution complète, dix mois plus tard. Pour ajuster le PGI aux caractéristiques de son activité, EADS Astrium a d'emblée demandé à Prodaxis d'importants développements spécifiques autour de Parteor. Sur le million et demi d'euros déboursé sur le projet Surf 2 (licences et service), un tiers a été consacré à ces adaptations. Un poids peut-être un peu lourd, estime a posteriori le responsable du système d'information, mais qui s'explique en partie par le fait que l'entreprise figuraient parmi les premiers utilisateurs de Parteor. Un échange avec l'éditeur s'est ainsi établi sur un mode itératif pour répondre à des besoins particuliers qui ont ensuite été intégrés au progiciel. Parmi les développements spécifiques figure un outil de gestion des modifications qui relie les phases de conception et de production et permet de retrouver immédiatement une information sur un composant. Bertrand Augereau souligne l'intérêt de travailler avec un fournisseur jouant aussi le rôle d'intégrateur et s'impliquant fortement dans le projet. Il a apprécié la compétence des consultants de Prodaxis et la facilité de dialogue, notamment lors de la phase de conception. Il note par ailleurs que ce chantier, échelonné sur deux ans, a permis à l'entreprise de constituer en interne une équipe de responsables fonctionnels dont la cohésion s'est renforcée au fil du temps. « Pour définir les besoins, nous avons préféré nous reposer sur les spécialistes métiers de l'entreprise, plutôt que de faire appel à des consultants extérieurs comme on le fait dans le cas de projets plus coûteux que le nôtre, explique-t-il. Ce choix, je le recommande pour ce type de mise en oeuvre, même si les opérationnels choisis ne sont pas des informaticiens. Leur rôle est important, tant dans la phase de sélection du progiciel que pendant le projet. » Outre la définition des besoins, on leur demande de préparer et de valider la migration des données, ainsi que les procédures. « Ce sont eux également qui forment et accompagnent les utilisateurs. C'est fondamental lorsque l'on sait que l'adoption de la solution sera largement favorisée par la reconnaissance qu'en ont les responsables métiers. »

Ne pas négliger la migration de donnéesLorsqu'un satellite doit rester plus d'une décennie en orbite, il est impératif de conserver l'ensemble des informations liées à ses composants. Il aurait été possible de garder celles-ci dans l'ancien système lors du changement de progiciel. « Nous avons choisi au contraire de reprendre l'historique complet des données dans la nouvelle application, relate Bertrand Augereau, responsable du système d'information chez EADS Astrium. Cette migration a généré un travail très important de remise en forme des données récupérées, ainsi qu'une forte implication des utilisateurs pour les valider. C'est un point qui ne doit surtout pas être négligé dans un projet de cette envergure.»
>> Obtenir des devis gratuitement de prestataires IT