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Opinion

« Pour les utilisateurs, le passage au web 2.0 équivaut à l'ère de la voiture sans chauffeur »


Edition du 29/05/2006 - par Propos recueillis par Aurélie Chandèze

Louis Naugès est consultant et président de la société Microcost, fournisseur de solutions informatiques Web 2.0 et de postes de travail à faible coût. Il est également auteur d'un blog consacré aux nouveaux usages du Web(*).


Internet évolue. Aujourd'hui, de nombreux services et applications personnalisés sont mis à la disposition des internautes. Cette évolution est à l'origine de l'expression souvent débattue de « Web 2.0 », inventée par le fondateur du groupe américain O'Reilly. Sous ce concept se cache une multiplicité de possibilités, existant parfois depuis longtemps mais devenues accessibles à une majorité d'utilisateurs. Les entreprises peuvent également en bénéficier.

SolutionsPME : Comment une petite entreprise peut-elle envisager d'utiliser ces nouvelles applications ?

Louis Naugès : Dans de nombreuses PME, les outils informatiques nécessaires pour gérer leur métier peuvent être considérés séparément des applications de gestion (back-office), telle la paye ou la comptabilité. Ces dernières n'ont pas de valeur commerciale et peuvent aisément être sous-traitées par un tiers. En revanche, pour la partie du système d'information dont dépend directement l'activité de l'entreprise, les outils regroupés sous l'expression « Web 2.0 » ont une valeur forte. Ils permettent aux utilisateurs de devenir acteurs, de construire eux-mêmes une partie des outils dont ils ont besoin. Par exemple, une PME pourrait utiliser le service de cartes interactives Google Maps pour transmettre les plans d'accès à ses locaux, bénéficiant dans le même temps d'une image moderne auprès de ses clients et partenaires. Une autre pourrait mettre en place un site Web sous forme de « blog », pour informer ses distributeurs de son actualité produits.

Quels sont les types d'outils intéressants dans un contexte professionnel ?

L.N. : Le niveau de sophistication des solutions que les utilisateurs peuvent mettre en place dépend avant tout de leur implication. Mieux vaut réaliser des projets simples mais pour lesquels on possède la maîtrise que de se lancer dans un projet complexe sur lequel on se retrouve pieds et poings liés face à un prestataire.
Les évolutions apportées par le Web 2.0 permettent de mettre en place des outils en allant à la fois vite, bien et pour un coût très bas. A titre d'exemple, il m'a fallu une demi-journée pour réaliser un site Web (nauges.googlepages.com/home) sans écrire une seule ligne de code, à l'aide de l'outil gratuit Google Pages. Création de sites Web, « blogs », « wikis », solutions de commerce électronique, logiciels de messagerie en ligne, agendas partagés, éditeurs de texte, 80% des outils utiles pour une PME existent déjà sur Internet. Pour en profiter, nulle nécessité d'investir dans de nouveaux matériels et logiciels, un poste de travail connecté à Internet suffit. Ces applications sont très rapides à prendre en main et fiables : ainsi, dans un outil comme la messagerie en ligne GMail, la sauvegarde est effectuée par Google, pas besoin de s'en préoccuper. Pour des applications plus spécifiques comme la gestion de la relation client, les évolutions du Web favorisent le développement d'outils accessibles en mode hébergé, comme la solution open source SugarCRM (www.sugarcrm.com).

Ces outils accessibles en ligne ont-ils d'autres avantages par rapport aux applications installées sur les postes de travail ?

L.N. : L'ouverture est l'un des mérites de ces solutions : comme elles sont directement accessibles en ligne, l'entreprise peut échanger facilement avec ses clients, partenaires ou fournisseurs. Un petit grossiste en quincaillerie pourrait par exemple proposer à ses revendeurs de passer directement commande en ligne. En outre, si une entreprise commercialise des produits assez spécifiques ou originaux, par exemple des aliments issus de l'agriculture biologique ou des abris de piscine, ils se vendront beaucoup mieux si elle est présente sur Internet, car cela lui permet de se faire connaître en dehors de son pays.

De quelle façon faciliter l'adoption de ces outils ?

L.N. : Ce qui freine l'adoption de ces solutions, c'est la méconnaissance qu'en ont les utilisateurs. Aujourd'hui, beaucoup dépendent de tiers pour gérer leurs sites Web, administrer leur messagerie, un peu comme à l'époque où nul n'utilisait de voiture sans avoir de chauffeur. La moindre modification prend du temps et peut vite devenir coûteuse. Moyennant une phase d'apprentissage, sorte de « permis de conduire du Web 2.0 », les utilisateurs pourraient acquérir la maîtrise d'une bonne partie de leurs outils de travail. Dans une entreprise de taille moyenne, avec une dizaine de cadres, il en existe certainement un ou deux qui ont le goût et l'envie de se lancer dans cette voie. Les chefs d'entreprises peuvent aussi se faire aider par leurs enfants pour adopter ces nouveaux usages dans leur société.
La vraie différence du Web 2.0, ce n'est pas l'outil mais la personne. Les utilisateurs ne sont plus seulement consommateurs d'informations mais acteurs.

(*)nauges.typepad.com

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