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Interview

Le Libre : "L'enjeu aujourd'hui, ce sont les PME" (Interview d'Yvon Rastetter, consultant)


Edition du 07/04/2009 - par Olivier Rafal

Yvon Rastetter, consultant indépendant : "L'enjeu aujourd'hui, ce sont les PME"


Vous êtes actif dans le Libre depuis une dizaine d'années, vous collaborez avec le cabinet Ars Aperta, pourtant vous ne vous rendez pas sur Solutions Linux...

Yvon Rastetter : Non, Solutions Linux se focalise sur les briques de base, l'infrastructure. Or, Linux dans l'infrastructure, c'est acquis. Moi, je suis toutes les associations régionales, j'interviens dans les conférences parisiennes et locales, j'étais aux Trophées du Libre, aux RMLL [Rencontres mondiales du logiciel libre]... L'enjeu, aujourd'hui, c'est que les acteurs de l'offre Libre sortent du secteur de l'infrastructure pour les grands comptes et s'attaquent aux PME.

Les grands comptes ne représentent pas un marché intéressant ?
Les grands comptes savent ce qu'il faut faire dans le Libre, le vrai défi se situe dans les PME/PMI. Et ce n'est pas évident, car les gens des technos ne savent pas parler aux patrons de ces PME.

Pourquoi pensez-vous que les PME soient le marché à conquérir pour le Libre ?
Je me suis rendu compte il y a trois ans qu'on ne parlait pas des PME utilisatrices. Mon directeur de collection Hermès m'a mis au défi d'écrire un livre sur le sujet. J'ai pris des contacts avec les chambres régionales de commerce et d'industrie (CRCI), et OpenTTT [initiative européenne visant à faire monter le niveau technologique des entreprises grâce à l'Open Source, NDLR]. Et contrairement aux grands comptes qui ne veulent pas mutualiser, les PME sont déjà regroupées par métier, et savent mutualiser. La voie, pour elle, est de faire développer selon leurs besoins, par des acteurs locaux. Onze industries de l'agroalimentaire du Sud-Ouest ont par exemple fait développer leur progiciel.

Les PME/PMI sont-elles toutes prêtes à entendre ce discours ?
Il y a encore un problème de maturité. Je prends l'exemple du secteur de l'emballage, où il existe des regroupements. Celui de Bretagne compte 300 membres. Certains ont acheté des logiciels pour faire de la 3D. Je leur ai dit que, puisqu'ils collaboraient déjà, ils feraient mieux d'élaborer un cahier des charges commun. Le délégué général m'a répondu : « On n'en est pas là. » Le problème est qu'ils n'ont pas conscience qu'un système d'information efficace est un atout important pour la compétitivité. Pour eux, cela reste un centre de coût, quelque chose qu'on subit - comme cela est montré dans votre enquête. Par exemple, ils subissent la dématérialisation, imposée par les grands donneurs d'ordre. Je dis au Libre : « Soyez prêts, sinon vous allez laisser les acteurs traditionnels verrouiller complètement ce domaine. »

Les acteurs de l'Open Source sont plus réputés pour être de bons techniciens que des gens capables de produire des logiciels suffisamment ergonomiques pour être pris en main par des employés de PME/PMI. Cela ne va-t-il pas poser un problème ?
Je crois qu'il y a plus un problème d'expérience que d'ergonomie. Les éditeurs qui développent des progiciels pour les PME ont l'expertise nécessaire, la connaissance du métier et des interlocuteurs. Il faut juste que les acteurs du Libre se forment, se regroupent pour montrer un visage unique et se faire connaître des CCI et des syndicats professionnels. Ils doivent expliquer aux patrons de PME qu'au lieu de subir les prix et les évolutions de produits imposés par les acteurs traditionnels, ils peuvent choisir une offre Libre, fiable, dont ils auront la maîtrise. Et leur expliquer aussi qu'il n'y a pas de problème juridique, quand bien même le Syntec l'évoque - juste pour donner la trouille.

Un patron de PME ne sera-t-il pas tout de même plus rassuré par un revendeur lui vantant la pérennité d'un Microsoft, par exemple ?
Je ne sais pas si l'argument Microsoft rassure. Ce que je sais, en tout cas, c'est qu'il ne faut jamais mettre en avant l'aspect Libre quand on vend à un patron de PME.

- le 7 avril : Lire aussi notre dossier publié à l'occasion de Solutions Linux



En savoir plus


Si la relocalisation du salon Solutions Linux de La Défense à la Porte de Versailles a généré un inconfort certain pour les exposants et les conférenciers, le public a lui été au rendez-vous, d'après les organisateurs. Le salon a accueilli sur trois jours, du 30 mars au 1er avril, 8 458 visiteurs, d'après Tarsus, soit « une progression de 12,5% relativement à l'édition précédente ». L'audience se répartit à parts à peu près égales entre grands comptes (31%), PME (39%) et TPE (30%). En outre, les profils de direction sont plus nombreux que les années précédentes : « Le profil des visiteurs évolue lui aussi avec 29 % de dirigeants contre 16% en 2008 ». Sans doute un effet de la crise, qui nimbe d'un éclairage particulier les solutions Open Source, surtout connues pour leur gratuité. Mais comme le montre notre dossier publié à l'occasion de Solutions Linux, les acteurs du Libre doivent encore s'organiser pour retenir les clients attirés par les perspectives d'économies.


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