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La convergence des réseaux informatiques et téléphoniques est en marche


Edition du 14/06/2005 - par Olivier Descamps

Le succès de la voix et de la téléphonie sur IP est inéluctable et doit être préparé. Les projets d'interconnexions de réseaux de voix sur IP se multiplient. Le réseau téléphonique local devrait quant à lui disparaître petit à petit.


En quelques mois, la téléphonie sur IP est devenue un grand sujet de conversation dans le grand public. Chaque abonné ADSL bénéficie désormais d'appels illimités pour un prix modique, voire gratuitement. Et en plus, ça marche ! En entreprise, la réussite est moins nette. Pourtant, cela fait des années qu'opérateurs et fabricants de matériel téléphonique ont ajouté des offres à leur catalogue. Dès 1999, tous les analystes promettaient la convergence très rapide entre réseaux téléphoniques et réseaux informatiques. Sans doute abusés par l'euphorie du secteur qui prévalait à l'époque et par des spécialistes du réseau comme Cisco ou 3Com qui ne manquaient pas d'arguments pour convaincre qu'ils allaient réussir une entrée fracassante dans la juteuse économie des télécoms. Mais aujourd'hui, on est loin du compte. La convergence prend son temps. Malgré tout, l'ironie doit s'arrêter là. Ce qui a été annoncé trop vite reste inéluctable. De grands noms comme Auchan, Total ou Renault ont d'ailleurs migré récemment tout ou partie de leur réseau vers IP. Et les PME sont loin d'être en retard en ce domaine. Tout simplement parce qu'il est plus facile de faire évoluer un petit réseau qu'un grand. Les PME de plus de 150 salariés sont ainsi considérées comme les plus avancées. Pour bien comprendre le rôle que peut jouer le protocole Internet dans la téléphonie, il est important de dissocier les deux parties d'un réseau téléphonique d'entreprise. La première relie l'autocommutateur (aussi appelé PABX), installé à l'entrée du ré seau, à l'opérateur. La seconde connecte le téléphone de chaque utilisateur à ce commutateur téléphonique. Lorsqu'on parle de convergence voix-données, on évoque donc toujours le transport de la voix sous forme de paquets de données IP. Mais soit sur le premier segment (on parle alors de voix sur IP ou VoIP), soit sur le second. On préfère alors le terme ToIP (téléphonie sur IP). Deux aspects qui peuvent, suivant les besoins ou le rythme des investissements, être mis en place en même temps ou séparément.
Pour un projet de VoIP, l'augmentation de la taille de sa liaison d'accès est de rigueur. Pour la ToIP, il faut aménager le réseau local Ethernet pour qu'il soit en mesure d'amener sans encombre la voix jusqu'au poste téléphonique. Dans les deux cas, les autocommutateurs apparaissent comme les composants essentiels du projet. Les anciens modèles peuvent intégrer des cartes d'interconnexions de sites en IP, mais côté réseau local, ils ne sont pas évolutifs et ne laissent aucune place à la convergence. Les PABX proposés aujourd'hui n'ont rien à voir. Tous disposent, a minima, d'emplacements destinés à intégrer des cartes ToIP. Ces modèles feront le bonheur des PME qui ne sont pas prêtes pour la téléphonie sur IP, mais qui projettent de s'y mettre dans les années qui viennent : lors d'un déménagement, d'un renouvellement de parc téléphonique ou pour des raisons de convergence des applications. Pour les entreprises les plus audacieuses, les fabricants proposent aussi des gestionnaires d'appels IP complets (IPBX). Pour celles qui ont des bâtiments câblés en partie seulement, restent enfin les PABX hybrides qui mixent les deux technologies. La téléphonie sur IP semble bel et bien décoller. « Depuis dix-huit mois, les grands projets se multiplient, note Gwenaël Fourré, spécialiste ToIP de l'intégrateur NextiraOne. Le facteur économique reste important dans le choix, mais les entreprises sont surtout à la recherche de solutions pérennes, qui seront capables de répondre aux besoins de convergence inévitables dans les prochaines années. » D'après le cabinet d'études IDC, le marché aurait crû de plus de 50 % entre 2003 et 2004. Mais la France n'est pas en avance. Toujours d'après IDC, les lignes IP représentent 9% des installations en entreprise contre 21 % en moyenne pour l'Europe (30 % en Allemagne). Et l'âge avancé des autocommutateurs n'y est pas pour rien. Ils ont été remplacés en masse en prévision du changement de plan de numérotation en 1996. D'autres ont attendu le bogue annoncé en l'an 2000. « La durée de vie d'un PABX est beaucoup plus longue que celle du matériel informatique. On peut l'évaluer à huit voire douze ans », explique Gwenaël Fourré. 1996 + 8 = 2004. La vague de remplacement est donc lancée. Malgré tout, il existe une autre limite au développement de la VoIP et de la ToIP : le petit prix de la ligne traditionnelle française. Sans conteste, l'un des plus bas du monde. Notamment grâce aux marges relativement faibles des équipementiers.
Le retour sur investissement d'un projet de ToIP dépend de multiples paramètres. Les postes IP sont plus chers que les téléphones traditionnels, si bien que l'on estime que la mise en place d'un gestionnaire d'appels IP et d'un réseau de postes IP coûte 30 % plus cher qu'un simple remplacement de PABX. Celui qui part de rien ou qui doit refondre son infrastructure peut, en revanche, faire l'économie d'un réseau té téléphonique grâce à la ToIP. C'est à dire de câbles, mais aussi de connecteurs puisque les téléphones IP font, pour la plupart, office de commutateurs Ethernet. Un poste et un PC n'utilisent donc ensemble qu'un port du commutateur Ethernet et qu'une prise murale. Autre atout, pour tous cette fois, les gains en matière de gestion. Avec IP, il est, par exemple, plus facile pour une PME de s'occuper elle-même du déplacement des utilisateurs d'un bureau à l'autre. L'opération demande souvent l'intervention de l'intégrateur dans le monde du réseau commuté. Pour les entreprises dont les employés ne sont pas tous équipés de poste de travail, les téléphones haut de gamme (voir page 26) peuvent aussi faire office de navigateur Web pour accéder à un service de pages jaunes, consulter des horaires de bus ou de train... La convergence est enfin l'occasion d'associer la téléphonie aux applications informatiques les plus diverses, par exemple, en mettant en place une messagerie unifiée (voir page 22). Il reste bien quelques problèmes, comme celui de la mobilité. La téléphonie sur Wi-Fi coûte cher et les terminaux DECT sur IP sont encore rares dans les catalogues des constructeurs.
La convergence voix-données semble plus avancée sur les réseaux d'interconnexion que sur le réseau local. Les projets de VoIP se multiplient depuis quelques années grâce à la diminution des coûts des liaisons d'accès. Le principal intérêt est économique : pour les entreprises éclatées en plusieurs bâtiments ou en plusieurs antennes, mais aussi pour celles qui disposent de liens étroits avec des partenaires ou des fournisseurs et qui veulent faire des économies sur leurs échanges téléphoniques. Et les gains sont d'autant plus forts si l'entreprise passe de nombreux appels à l'international. Pour les PME, la VoIP permet, par ailleurs, de centraliser l'intelligence du réseau sur un gestionnaire d'appels qui va devenir l'interlocuteur unique du réseau téléphonique commuté puis dispatcher les appels sur chaque site au travers des réseaux IP. L'entreprise n'est donc plus contrainte de déployer un PABX sur chaque site. Elle peut aussi plus facilement négocier ses tarifs avec son opérateur grâce à un plus gros volume d'appels, voire externaliser leur gestion (voir page 20). Même si IP signifie littéralement Internet Protocol, la VoIP n'emprunte pas forcément le réseau Internet public. Contrairement aux offres grand public de type Skype, on privilégiera pour ces liens d'interconnexions des réseaux privés virtuels de type MPLS mieux à même d'offrir des communications avec une qualité de service au moins équivalente à celle d'un réseau commuté (voir page 27). Mais attention, si la VoIP peut être une source d'économie, elle n'est rentable qu'au-delà d'un minimum d'appels par an. Notamment à cause de la baisse des prix des appels qui prévaut encore aujourd'hui.


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