Comprendre
COMPRENDRE
Gérer les contraintes liées à l'accès distant
Edition du 23/03/2005 - par
Aurélie Chandèze
La mobilité est de moins en moins synonyme de perte de temps : le travailleur nomade peut désormais accéder aux données de son entreprise en temps réel, emportant son bureau avec lui.
Parti rencontrer un prospect loin de ses locaux, un commercial de Dentsply France attend le jour même un courriel d'un client qui doit lui passer une commande importante.
Muni d'une tablette PC, il va pouvoir lire le message sur Lotus Notes quelques minutes après son arrivée, vérifier l'état des stocks pour le produit désiré puis traiter la commande dans l'heure, le tout sans jamais avoir à retourner à son bureau. Pour cette PME de 170 personnes, qui commercialise du matériel médical destiné aux dentistes, de tels scénarios sont déjà une réalité. "Pouvoir consulter sa messagerie lorsqu'on est en déplacement, voilà la première attente des travailleurs nomades", lance Merlin Yamssi, responsable technique chez iAnywhere, un éditeur spécialiste de la mobilité. Pour y répondre, il faut avant tout disposer d'un terminal capable de se connecter à un réseau à distance. Ensuite, il faut également s'assurer que le serveur où s'exécute l'application peut gérer les contraintes liées à la mobilité : connexions non permanentes, multiplicité des points d'accès aux applications...
Pour y répondre, le groupe AFE, qui fédère plusieurs PME dans le secteur de la métallurgie et de la plasturgie, a choisi d'utiliser Pylon Anywhere, une solution d'iAnywhere. Fortement présente à l'international, l'entreprise souhaitait fournir à son encadrement une solution pour que l'information stratégique puisse être diffusée dans tout le groupe dans des délais très courts. Une vingtaine de personnes sont équipées d'assistants personnels Qtek 2020. Pylon Anywhere réplique en permanence les courriels entrants et les fait suivre aux assistants personnels à travers les différents réseaux de télécommunication. "Les cadres en déplacement au Mexique ou en Chine ont leurs mails très vite", se réjouit Jean-Marc Oviste, responsable financier chez AFE et pilote du projet.
Un équipement mobile ne possède pas d'adresse IP fixe, le serveur de l'entreprise doit donc pouvoir s'adapter à un contexte dynamique. Plusieurs approches répondent à cette contrainte. Le plus souvent, le serveur attend d'être contacté par les terminaux distants, ces derniers initiant la connexion. Ensuite, soit l'utilisateur lance de lui-même une requête au serveur de messagerie pour prendre connaissance des nouveaux messages, soit le serveur sait qu'il vient de se connecter et met à jour dans la foulée sa liste de messages. Dans le premier cas, on parle de mode "pull", l'utilisateur devant aller retirer lui-même son courrier. Dans le second, le serveur est capable de pousser automatiquement les nouveaux messages vers l'utilisateur quand ce dernier est connecté. On parle alors de mode "push".
Chez AFE, les utilisateurs décident eux-mêmes de la façon dont ils souhaitent recevoir leurs messages : "un responsable peut choisir d'être réveillé au milieu de la nuit par l'arrivée d'un mail, ou bien lancer la réplication lorsqu'il se rase", résume avec humour Jean-Marc Oviste. Même pour ceux qui n'ont pas besoin d'être joignables 24 heures sur 24, le mode "push" reste avantageux, l'utilisateur n'étant pas obligé de relancer sans cesse des requêtes. Si les transmissions s'effectuent par un réseau GPRS, où la facturation dépend du volume de données échangées, le push évite aussi le gaspillage, dans une certaine mesure. A chaque requête au serveur, le terminal envoie en effet quelques octets vers ce dernier, sans qu'il y ait forcément de messages à rapatrier.
Avec le push, ces requêtes infructueuses deviennent inutiles. Une dernière approche mérite d'être citée, celle choisie par Research In Motion (RIM) avec ses terminaux Blackberry (voir encadré). La société a passé des accords avec les opérateurs de télécommunications, grâce auxquels la gestion des connexions est déléguée à une plate-forme située chez ces derniers. Si un terminal change d'adresse IP après une déconnexion, l'opérateur connaît la nouvelle adresse qui lui a été attribué et peut donc lui faire suivre les messages
Un professionnel nomade consulte courriels et applications depuis plusieurs terminaux, PC de bureau, ordinateur portable ou assistant numérique personnel (PDA). Dans ce but, les données sont souvent dupliquées. Il faut donc les synchroniser régulièrement pour qu'elles restent à jour partout. Dans cette optique, Dentsply France, filiale de Dentsply International, a adopté MediaTransfer, une offre de synchronisation éditée par Telelogos. Près de 70 personnes composent la force de vente de la société : une application commerciale développée par la société FDV Concept est installée sur leur tablette PC (Fujitsu Siemens Stylistic 3500), afin qu'elles puissent l'utiliser dans tous leurs déplacements. "Les commandes prises sur l'application de FDV sont ensuite transmises sur un serveur Oracle centralisé, lui-même chargé d'envoyer les données en temps différé (batch) à un serveur AS/400 situé en Angleterre", explique Stéphane Péru, responsable informatique de l'entreprise. Les transmissions s'effectuaient d'abord le soir, par réseau téléphonique classique. Un projet réunissant SFR, Telelogos et FDV a permis de mettre en place une connexion GPRS sur les tablettes PC. Une fois l'architecture fonctionnelle, les commandes prises pendant la journées ont pu être transmises très rapidement au siège. Un serveur consacré à MediaTransfer, capable de gérer 32 connexions simultanées (dont 24 réservées au GPRS) met les bases à jour.
Souvent, dans le cas d'applications métiers, une version plus légère de la base de données est embarquée sur les terminaux mobiles. Quand le terminal nomade fonctionne de manière autonome, ses données peuvent être modifiées, de même que celles de la base centrale. Lors de la synchronisation, les deux bases doivent donc s'échanger leurs données pour se mettre à jour : pour réduire le volume des échanges, les données sont compressées. La synchronisation différentielle permet de ne transmettre que les données modifiées. Enfin, en cas de déconnexion imprévue, il est utile de pouvoir reprendre la transmission au point de rupture. Concrètement, de nombreuses offres répondent aux besoins induits par l'accès à distance. Les éditeurs d'applications destinées à des professions nomades fournissent souvent eux-mêmes des options pour gérer la mobilité. C'est le cas dans Microsoft Exchange ou IBM Lotus Notes. Pour les entreprises qui préfèrent diversifier leurs fournisseurs, il existe des offres spécifiques comme celle d'iAnywhere ou de Telelogos. Enfin, les opérateurs de télécommunications fournissent des offres prêtes à l'emploi. SFR et Orange misent ainsi sur le Blackberry. De son côté, Bouygues Telecom propose l'offre i-mode, dont le principe est de fournir un "Internet de poche". La consultation du courrier électronique par imode exploite ainsi les capacités d'accès Web proposées dans les versions récentes de Microsoft Exchange et Outlook. L'en-tête de chaque nouveau message est envoyée au mobile de l'utilisateur, qui choisit ensuite de télécharger le message intégral ou pas. Certaines applications métiers peuvent aussi être adaptées aux formats de l'i-mode. L'opérateur en propose lui-même quelques-unes, gestion commerciale, maintenance ou encore annuaire.

L'architecture client-légerUne solution existe pour résoudre les problèmes d'accès distants et de synchronisation des données : utiliser un système qui centralise toutes les applications sur le serveur et qui envoie des images d'écran sur un terminal. C'est l'architecture clientléger.
L'utilisateur, lui, aura l'impression de travailler sur un micro-ordinateur. Cette fonction existe dans Windows Server, livré avec des outils de base. Pour mieux administrer et gérer la sécurité, Citrix propose sa suite Metaframe. ICA, son protocole, qui remplace RDP, celui de Microsoft, existe pour la plupart des systèmes d'exploitation. Il est donc possible d'accéder au serveur depuis n'importe quel terminal, de l'assistant personnel à la station de travail. On peut également utiliser un navigateur Web, qui fera fonction de fenêtre d'entrée, et retrouver son espace de travail depuis n'importe quel PC. L'éditeur français Systancia propose un produit concurrent, Applidis, qui repose sur RDP, et Tarantella un logiciel techniquement très différent mais qui revient au même pour l'utilisateur. La faible gourmandise des protocoles utilisés autorise tout type de liaisons téléphoniques classiques ou GPRS comprises.
Et puisque rien ne se trouve en local, on dispose instantanément de son espace de travail, que l'on soit au bureau ou à l'autre bout de la terre, sans aucune synchronisation de données à effectuer.
>> Obtenir des devis gratuitement de prestataires IT